Le secret perdu des apprentissages

Le secret perdu des apprentissages

Un enfant doit apprendre. Il doit connaître, découvrir, engranger des connaissances pour devenir un adulte responsable et espérer avoir une place dans nos sociétés actuelles. Alors on cherche à comprendre les apprentissages, les rationaliser, les mesurer, les expertiser, les perfectionner. Mais on oublie un élément essentiel : l’ingrédient qui fait prendre la mayonnaise, l’eau qui retient le château de sable. Invisible et si présent. Nos lointains ancêtres le connaissaient et l’utilisaient sans s’en rendre compte. Nos sociétés « modernes » l’ont tout simplement oublié!

Ces autres à qui on ne pense pas

Un enfant n’apprend jamais seul. On semble l’avoir oublié, mais il est toujours entouré dans son processus d’apprentissage par d’autres personnes qui le guident sur les chemins parfois broussailleux qui l’entourent. « Il faut tout un village pour élever un enfant » dit un dicton que l’on retrouve dans de nombreuses civilisations dites archaïques (mais le sont-elles vraiment?).

Les éditions L’instant présent nous proposent de suivre une correspondance entre Thierry Pardo, docteur ès-éducation et Bernard Collot, initiateur des écoles du 3ème type dans le livre intitulé « Entre autres…Le chemin des adultes pour libérer les enfants« . Ils se livrent à une discussion sur ces « autres » qui entourent un enfant au cours de ses apprentissages. En s’appuyant sur leurs expériences respectives en tant que parents ou auprès d’autres enfants, Thierry et Bernard prennent plaisir à définir ces autres.


Pour reprendre les paroles de Thierry Pardo, un enfant ne peut apprendre seul, il a besoin d’un maître, d’un « sensei ». Selon wikipédia, un sensei est « celui qui était là avant moi, qui est garant du savoir et de l’expérience d’une technique ou d’un savoir-faire ». Le terme lui vient de sa pratique de l’aïkido dont il fait de nombreuses références au cours de sa réflexion. D’ailleurs le parallèle qu’il fait avec les arts martiaux m’a particulièrement parlé, moi qui ais plus de 25 ans de judo dans mes bagages. Ces deux sports ont beau être différents, certaines similitudes faisaient écho en moi comme par exemple le fait de pratiquer « un » aikido/judo qui est propre à une personne, à un moment. Je me souviens de mes débuts sur le tatamis lorsque j’utilisais une garde à droite parce que je suis droitière et que mon prof m’a logiquement dit que si j’étais droitière il me fallait une garde à droite. Jusqu’au jour où une vilaine douleur revenait dans mon épaule droite dès que je pratiquais ce judo. J’ai donc modifié mon style pour adopter une garde à gauche. Une fois la douleur passée (plusieurs années plus tard) je m’amuse à jongler entre ces styles pour créer un troisième style, un nouveau judo, le mien, celui qui me convient à tel moment.
Mon prof du moment a bien essayé de me dire que j’étais dans l’erreur mais j’étais à ce moment suffisamment en confiance pour lui dire que c’était ainsi que je voulais pratiquer.
Et finalement n’importe quel apprentissage se fait de la même manière. Il faut un sensei pour montrer un exemple, pour transmettre les bases, pour avoir un partenaire de réflexion…Mais au final c’est l’apprenant qui créer ses connaissances.
Ces autres dont parlent Thierry et Bernard sont tous ces senseis qui vont jalonner les chemins d’apprentissage. Il s’agit des parents, des animateurs, des profs, du garagiste ou du voisin qui, à un moment où à un autre va permettre à l’apprenant de découvrir ou d’approfondir des connaissances.
Leur réflexion va encore plus loin et prend en considération ces autres du passé. Cet enfant que chaque adulte a été, cet enfant qui a peut être eu peur, qui a été peut-être mal à l’aise avec l’apprentissage, de qui on attendait beaucoup…Et il est parfois difficile d’harmoniser tous ces autres.
Thierry Pardo fait une très belle analogie : le parent doit être un port d’attache pour son enfant. Pas besoin d’être parfait, ou expert dans un domaine ou un autre mais simplement être ce port d’attache où un enfant pourra se ressourcer sans être jugé : « le port d’attache ne surveille pas le bateau, il se contente d’être un repère fiable et constant. » J’adore cette idée!

Un environnement propice aux apprentissages

Il est de la responsabilité des parents d’offrir à son enfant cet environnement sécure qui lui permettra de découvrir le monde, de rencontrer ces autres qui l’aideront à se construire et qui lui permettra de se lancer dans l’inconnu, de prendre le risque de sortie de sa zone de confort.

Pour Bernard, il est essentiel que, non seulement, le lieu d’apprentissage respecte chaque apprennant (sa personnalité, ses goûts, ses envies, etc.) mais également que les parents soient partie prenante de ce lieu où ils confient leur enfant toute la journée. L’école « traditionnelle » d’aujourd’hui, non contente de ne laisser aucune place pour les parents, étend son emprise dans le cadre familiale en imposant des devoirs à la maison et rend responsables les parents du comportement de leur enfant en classe, un enfant qui ne serait pas conforme à l’image que l’Education Nationale se fait du bon élève.

Il est d’autant plus important de revoir les classes traditionnelles que les performance attendues polluent le processus d’apprentissage. Il faut savoir faire confiance au temps pour que chaque apprenant progresse à sa guise.

Bernard souligne que la place d’éducateur est particulièrement difficile et qu’il faut garder en tête que les moments où on enseigne le plus sont justement ceux pendant lesquels on ne cherche pas à enseigner. De même, Thierry remarque que lorsqu’il faisait un cours, ses élèves ne retenaient que ce qui leur avaient été enseigné alors qu’en laissant les élèves butiner à droite et à gauche, les connaissances acquises étaient bien plus grandes.

Merci Thierry, merci Bernard

Voilà, je voudrais tout simplement dire merci aux auteurs de cette correspondance et je vous recommande chaudement de vous plonger dans ce livre si les apprentissages vous intéressent.

J’ai beaucoup aimé ces réflexions qui enrichissent mes connaissances en pédagogie en restant terre à terre. Sans divaguer sur des cours de philosophie sans queue ni tête, sans se restreindre aux résultats obtenus par des chercheurs enlisés dans leur protocole et leur environnement expérimental contrôlé, on rentre dans l’intimité d’une conversation, dans la richesse d’une discussion entre amis.

Bernard, Thierry, vous faites partis de ces autres, vous êtes mes senseis dans l’univers de l’instruction.

Cet article a 2 commentaires

  1. Thierry

    Merci vraiment pour cet article.

    1. Miss Obou

      Merci à vous de nous pousser dans nos retranchements/réflexions! Et de nous montrer une voie pour faire des apprentissages différents!

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