L’importance des mots

L’importance des mots

L’autre jour, j’avais une petite anecdote qui me trottait en tête. La trouvant sympathique, je l’ai partagée sur un groupe facebook. Comme à mon habitude, je surveille ma publication pour voir la réaction des membres du groupe. Est-ce que mon poste va passer inaperçu? Est-ce que je vais faire rire les gens? Le résultat a été bien loin de ce à quoi je m’attendais! 139 réactions et 158 commentaires! Wahou! Du jamais vu pour moi! De quoi crier victoire? Non, pas vraiment! Si les réactions sont très majoritairement positives, les commentaires, eux, sont négatifs (pour la plupart d’entre eux). On me critique vertement! On m’accuse de dénigrer les parents qui envoient leurs enfants à l’école et de faire l’amalgame entre scolarisation et maltraitance. Après un premier moment de colère (« quoi? Mais comment peut-on penser ça de moi? »), les émotions s’apaisent et je vois en ces commentaires un merveilleux défi : écrire un article pour développer le fond de ma pensée qui se cache derrière mon post. Non pas pour me justifier puisque je ne culpabilise absolument pas de mes mots. Mais tout simplement parce qu’il est plus facile de décrire le fond de sa pensée sur un article de blog que sur un post facebook où les quelques mots formant une publication peuvent inviter à détourner le message premier.

La maman que j’aurais pu être

Tout a commencé lors du deuxième confinement. J’avais droit à quelques jours de télétravail par semaine et c’est avec un réel plaisir que j’en ai profité pour accompagner P’tit Loup à l’école (parce que, oui, mon P’tit Loup va à l’école). Le déposer le matin, le récupérer pour la pause méridienne, aller le chercher le soir, un vrai bonheur!

Un jour, alors que j’aide P’tit Loup à se préparer (enlever les chaussures, le manteau, poser le sac, …vous voyez bien le bazar!), je vois un autre petit garçon, assis à côté de P’tit Loup, jeter ses chaussures. Il ne les a pas jeté sur quelqu’un, il ne les a pas jeté fort, je crois même qu’il essayait de viser son casier à chaussures…mais ça lui a valu une tape sur la tête de la part de sa maman.

De l’autre côté de P’tit Loup, assis sur le banc en train d’enlever ses chaussures, une petite fille. Je ne sais pas ce qu’elle a fait ou dit mais j’ai très nettement entendu sa maman lui dire « oh là là! Casse bonbon, c’est ton deuxième prénom, toi! » La gamine se met à rire et à répéter « casse bonbon » et la maman de renchérir « ah ben au moins, tu commences à enregistrer! »

J’étais choquée, soufflée et estomaquée par ses réactions! Que certains parents (d’enfants scolarisés ou non!) sont loin de la bienveillance! Je le sais bien, je ne vis pas chez les bisounours, mais en être témoin me met toujours une boule au ventre!

Le midi, je récupère P’tit Loup et je constate un gros trou dans son pantalon. Le troisième pantalon troué en 2 semaines! Argh!

Et je ne sais pourquoi, je me suis imaginée, le temps d’un instant, quelle aurait pu être la réaction des mamans vues le matin-même dans ce genre de situation! Une maman bien malveillante, traitant son enfant comme un moins que rien, aurait pu avoir ce genre de discours : « mais punaise, c’est pas possible! J’ai plus un seul pantalon correct à te mettre! Mais bon sang que fais-tu à l’école? Tu ne peux pas prendre soin de tes affaires un peu, non? C’est trop te demander? Tu crois que c’est bobonne qui va réparer tout ça? C’est pas marqué boniche sur mon front! Et on va racheter des pantalons avec tes sous, c’est ça? » (Première partie de ma publication facebook)

Heureusement, il existe des parents bienveillant! Y compris parmi les parents d’enfants scolarisés, va sans dire!

La maman que je suis

Je crois pouvoir dire que je fais partie des parents bienveillants.

Néanmoins, je vous avoue que ce trou dans ce pantalon m’a chagriné! Bien sûr qu’un enfant joue. Bien sûr qu’il se traine parterre (en l’occurrence, il m’a expliqué qu’il construisait une cheminée…) Bien sûr qu’ils se salissent et qu’ils abiment leurs affaires et j’ai envie de dire que c’est un signe de bonne santé!

Mais, j’ai entendu plus d’un témoignages de parents ayant eu des remarques, voire ayant été convoqué par la maîtresse parce que l’enfant venait en classe avec des vêtements abimés. On peut dire ce qu’on veut, mais il y a une certaine pression sociale qui s’exerce sur les enfants et les parents dans le système éducatif classique. Combien de fois j’ai entendu parler de petits garçons moqués parce qu’ils portaient du rose ou un sac princesse, combien de remarques sur des vêtements abimés ou qui ne sont pas à la mode, combien de remarques quand un enfant arrive en retard? Bien évidemment, il faut essayer de se protéger et de protéger au maximum son enfant et bien évidemment cette pression est différente d’un établissement scolaire à l’autre. Mais elle peut être présente!

Il me parait donc tout à fait concevable qu’un parent bienveillant gronde son enfant à cause d’un trou. Parce que ce parent bienveillant est un être humain, qu’il s’est tapé une journée de merde après s’être réveillé à 6h du matin. Il est arrivé en retard à sa réunion super importante parce qu’il y avait un accident sur la route. Il s’est fait remonter les bretelles par son patron avant de se faire enguirlander par sa conjointe ou son conjoint parce qu’il a oublié leur date d’anniversaire de mariage. Et un trou dans le pantalon, ça veut dire qu’il va falloir le réparer pour que l’enfant soit présentable à l’école (et on a le droit de ne pas aimer faire de la couture) ou en racheter un autre (on a le droit de vouloir mettre son argent ailleurs!)

La bienveillance 24h sur 24, 7 jours sur 7, je n’y crois pas! Un parent zen à chaque seconde, c’est un mythe. Nous sommes des êtres humains et, comme je le mentionnais dans cet article, nous avons le droit d’être énervé! Même par quelque chose qui n’est pas grave! La bienveillance consistera simplement à revenir vers son enfant une fois la pression retombée pour lui présenter des excuses si nos paroles ont dépassé nos pensées ou pour lui expliquer pourquoi on était à fleur de peau à ce moment-là!

Mais ce jour-là, tout allait bien pour moi et j’ai pu faire face en toute sérénité au pantalon troué! J’ai mentionné à P’tit Loup que j’aimerais qu’il fasse attention à ses affaires et je suis passée à autre chose. Et si vous voulez connaître la petite anecdote, j’ai réparé son pantalon en mettant un magnifique patch thermocollant de tracteur. Celui-ci n’aura pas résisté à une journée à l’école! Il m’aura fallu coudre le tracteur pour avoir quelque chose de suffisamment résistant qui supporte l’énergie débordante de P’tit Loup!

La maman que je pourrais être

Oui, je vous l’avoue donc. J’ai fait une remarque à P’tit Loup. Très loin bien évidement de ce qu’aurait pu dire les deux mères dont j’avais fait la connaissance le matin-même, mais je lui ai dit que ça m’embêtait bien tout ces pantalons troués!

Je me suis alors demandée ce qui m’empêchait de lâcher complètement prise pour que ce trou glisse sur moi comme une plume. La réponse m’a sauté aux yeux : l’école! C’est parce que je ressens une pression sociale en déposant mon fils à l’école le matin que je veux qu’il soit « présentable » et sans trou à son pantalon.

Alors je me suis imaginée avec mon P’tit Loup débordant d’énergie, le jour où je me lancerai dans l’aventure de l’instruction en famille. Ce jour-là, je lui dirai : « heu, mon chéri, tu exagères un peu! Aujourd’hui, on ne rencontre personne, tu mets ton pantalon troué, tant pis! Garde celui qui est encore intact pour demain quand on ira au musée! » (deuxième partie de mon post facebook)

Pour conclure, je ne dirais qu’une seule chose : j’ai hâte de me lancer dans l’IEF!

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