La juste valeur

La juste valeur

Vous êtes là, assise par terre dans la cuisine et vous pleurez toutes les larmes de votre corps entourée de débris de verre.

C’est le matin, vous avez du mal à émerger. Vous ressentez encore les effets des quelques verres bus la veille avec votre meilleure copine et vous vous demandez comment vous allez arriver à vous traîner jusqu’à votre bureau. Une seule solution : une bonne tasse de café bien chaud. Vous mettez en route la cafetière et pendant qu’un doux ronron annonce que votre café se prépare, vous vous dirigez vers le placard pour prendre une tasse. Et c’est là que tout a basculé : la tasse en verre atterrissant par terre, vos jambes refusant de vous soutenir dans cette terrible épreuve et vos yeux noyés sous les larmes du désespoir, de la honte et de la colère!

L’évidence de la bêtise

Il faut bien se rendre à l’évidence : vous venez de commettre une belle bêtise! Mais l’expérience aidant, vous allez vite vous rendre compte qu’il s’agit d’une petite bêtise! Certes, c’est embêtant pour la tasse. Peut-être qu’elle ne pourra pas être réparée, peut-être qu’il faudra en racheter une…mais vous relativisez vite en vous disant que ce n’est « qu’une tasse ».

Qu’en est-il pour un enfant? Comment lui faire comprendre que ce n’est « qu’une tasse » sans basculer dans le « pas grave du tout, je vais pouvoir jeter les 10 prochaines tasses par terre »?

La bêtise

Nous étions en vacances dans une jolie petite maison. Chacun vaquait à ses occupations. Je préparais le déjeuner, ou je lisais, je ne sais plus. Les garçons jouaient tranquillement dehors. J’avais vu P’tit Loup prendre ses feutres et une feuille de dessin et partir s’installer dehors. Et d’un seul coup, je le vois revenir tout sourire en me disant qu’il a besoin d’aide pour récupérer le bouchon de son feutre. Intriguée, je sors pour mener l’enquête : où le bouchon du feutre a-t-il bien pu aller pour ne pas pouvoir être récupéré par P’tit Loup? P’tit Loup s’était installé sur une dalle en béton qui recouvrait un puits. Un jour d’un demi-centimètre se trouvait entre la dalle en béton et le bord du puits et le bouchon en avait lâchement profité pour s’y glisser! Je le vois arborant son joli bleu turquoise depuis les toiles d’araignées qui l’ont retenu dans sa chute. J’informe P’tit Loup qu’on va avoir beaucoup de mal à le récupérer puisque je n’arrive pas à glisser mes doigts suffisamment loin dans l’interstice pour attraper l’objet perdu! Déjà, le sourire de P’tit Loup s’évanouit!

Un faux-mouvement et le bouchon disparaît dans les profondeurs obscures du puits. J’explique à P’tit Loup que le bouchon est perdu pour toujours, qu’on ne pourra pas le récupérer et que, par conséquent, son feutre ne va pas tarder à aller à la poubelle.

Le consoler

P’tit Loup court voir son papa, les larmes ne sont pas loin de couler mais il a l’espoir que papa sera d’une plus grande aide que maman…mais non! L’évidence est là : le bouchon est perdu à jamais! Les larmes coulent, coulent, coulent. Il se rend compte qu’il a fait une bêtise et qu’il n’aurait pas du s’installer à cet endroit pour dessiner. Mais quels mots dire pour l’apaiser? Il nous demande de racheter un feutre et la réponse est catégorique : non. Il a une dizaine d’autres feutres bleus et ce n’est pas dans notre philosophie de remplacer dans l’immédiat ce qui est cassé/perdu. Les larmes redoublent d’intensité, suivi de cris quand il comprend que son feutre va finir à la poubelle parce qu’il va sécher. Je le prend dans mes bras et le console du mieux que je peux.

L’explication : des mots pour apaiser les maux

P’tit Loup est dans tout ses états. Que faire? Le laisser ainsi avec ses larmes? Non, ce n’est tout simplement pas envisageable pour moi! Il est mal et je veux le soutenir, l’aider à traverser cette épreuve. Lui dire qu’il ne peut s’en prendre qu’à lui, qu’il n’avait pas à dessiner là, qu’il est irresponsable, qu’il ne sait pas prendre soin de ses affaires? Non! Ce n’est clairement pas ça qui va l’aider dans l’immédiat, même si je le pense, je crois sincèrement que ces choses-là ne sont pas à dire à cet instant. Lui dire que ce n’est pas grave, que ce n’est qu’un feutre? J’ai envie de dire « oui, ce n’est qu’un feutre » mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas prendre soin de ses affaires et qu’on peut les jeter à la poubelle sans remords dès le moindre petit problème! Alors j’essaye de lui expliquer pourquoi on n’a pas réussi à récupérer le bouchon, pourquoi on va devoir jeter son feutre et je lui indique un endroit plus approprié pour dessiner. J’essaye de lui faire comprendre que ce n’est qu’un feutre, mais qu’il a raison d’être triste parce qu’il n’aura effectivement plus son feutre. Pas facile!

La solution

Je vous le dis tout de suite, je n’ai pas trouvé la solution à cette réflexion! Il y a quelques jours encore, P’tit Loup cassait sa pelle en plastique. Il est venu tout sourire me l’annoncer, puis se rendant compte que sa pelle était fichue, irréparable et partait à la poubelle, ce fut les cris, les larmes, les coups de pieds dans le vide et il s’est jeté par terre.

Encore une fois j’avais envie de lui dire « ého! On se calme! Ce n’est qu’une pelle en plastique! » Mais j’aimerais aussi qu’il comprenne que les objets ont une valeur et que, oui, s’il casse sa pelle, il n’en aura pas une nouvelle en claquant des doigts!

La réparation

Je mise beaucoup là dessus. La réparation de l’objet cassé (qui ne peut pas être appliquée pour la perte d’un objet, bien sûr!) Mais attention! Pas n’importe quelle réparation! Si on lui dit « attention, ne jette pas ton jouet tu vas finir par le casser et je ne pourrais pas te le réparer! » et qu’on le répare dans la minute qui suit le casse, on perd toute crédibilité quand on lui demande de faire attention et il est alors persuadé que tout ce qu’il pourra casser pourra être réparé. Non, je crois en autre chose : je crois qu’il est important qu’il répare lui-même son jouet! A son niveau bien sûr! Au lieu de mettre de la super Glu pour coller un morceau de jouet, pourquoi ne pas le laisser mettre un bout de scotch? Bien sûr, ça tiendra moins bien! Bien sûr, ça cassera de nouveau au bout de 5 minutes, 2 jours ou une semaine et il faudra recommencer la réparation…mais je crois que c’est ainsi qu’il comprendra la valeur de ses affaires. Petit à petit il prendra plus soin de ses jouets et améliorera ses méthodes de réparation. Peut-être que nous n’aurions pas du mettre à la poubelle sa pelle cassée, mais l’aider à la réparer : il aurait mis du scotch pour attacher les deux bouts de la pelle et il aurait bien vu, de lui-même que ça ne tenait pas. On en aurait profité pour lui montrer à quel point le bout de la pelle cassée était tranchant. Et peut-être qu’il aurait fini par la jeter de lui-même et qu’il aurait pris soin de son autre pelle (oui, on une collection de pelles à la maison!) De cette manière, il se rendra compte également qu’on n’a pas jeté sa pelle pour le punir mais bel et bien parce qu’on ne pouvait pas la réparer, et je pense que la pilule serait mieux passée!

Alors peut-être que, pour accompagner un enfant dans la découverte de la juste valeur d’une bêtise il faudrait tout simplement le consoler, lui expliquer, et le laisser réparer!

Cet article a 3 commentaires

  1. Some really good information, Gladiolus I observed this. « Leaders must encourage their organizations to dance to forms of music yet to be heard. » by Warren Bennis.

  2. Marie Kléber

    J’aime beaucoup ta philosophie!
    Je crois qu’il est essentiel d’accueillir l’émotion de l’enfant déjà, car peut-être que pour nous ce n’est pas grand chose mais pour lui ça représente plus.
    C’est important je te rejoins que l’enfant puisse acquérir avec le temps la conscience de la valeur des objets de son quotidien.
    Merci pour tes partages

    1. Miss Obou

      Je crois effectivement qu’on n’a pas la même échelle de gravité qu’un enfant : P’tit Loup peut lancer des graviers sur une voiture, il dira que ce n’est pas grave! Par contre, s’il perd un feutre, il se roule par terre de désespoir! Je dirais même que c’est déroutant de les voir mettre autant de valeur dans un petit rien du tout! Mais je suis d’accord avec toi! Il faut savoir laisser de la place à leur émotions!

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