Donner la bonne consigne (1/2)

Donner la bonne consigne (1/2)

Avant de dire qu’un enfant est désobéissant, assurons-nous d’avoir donné la bonne consigne! C’est bête à dire, mais une mauvaise consigne a de très forte chance de ne pas être respectée. Et c’est ainsi qu’un enfant sera catalogué « désobéissant » alors que c’est simplement l’adulte en face de lui qui ne remet pas en cause la qualité de la consigne.

Une petite anecdote

Il fait beau, un joli soleil brille dans le ciel d’un bleu parfait. J’en profite pour sortir avec mes deux garçons. P’tit Tigre, du haut de ses 14 mois inaugure son tricycle. P’tit Loup, quant à lui, sort avec délectation sa draisienne qu’il gère très bien. Et c’est parti sur les petites routes de campagne. P’tit Loup nous distance rapidement. Je l’appelle pour qu’il nous attende et tout se passe bien. Nous arrivons au village. La densité de voitures augmente et il faut être prudent! P’tit Loup est devant nous et je lui dis de s’arrêter au bord du trottoir pour qu’on traverse la route tous en même temps. Je le vois continuer sur sa lancée, je vérifie qu’aucune voiture ne vient parce que j’ai comme un mauvais pressentiment. Et j’ai raison! P’tit Loup traverse allègrement la route sans nous attendre, sans ralentir, sans regarder si une voiture ne vient.

Je garde mon sang froid, je le rattrape, je lui dis ma façon de penser : je souhaite qu’il nous attende parce que c’est dangereux, une voiture aurait pu l’écraser et je lui demande pourquoi il ne s’est pas arrêté : tu ne m’as pas entendu? « Si » me répond-il la tête basse. Alors pourquoi tu ne t’es pas arrêté? Il hausse les épaules et me répond du tac au tac « ben parce que je n’avais pas envie! »

Et là, je me retiens pour ne pas le trucider sur place! Maîtresse de moi, je reste zen et je lui redis que c’est hyper important qu’il respecte les consignes quand il est en draisienne, que c’est pour sa sécurité, etc. Et je fini par : « je peux te faire confiance? Tu vas m’obéir maintenant? » Oui maman.

Ok. On repart. Il recommence à nous devancer puisque nous n’allons vraiment pas vite avec le tricycle du petit frère qui a un équilibre précaire (surtout quand il essaye de monter debout sur la selle…mais ça c’est une autre affaire!) On arrive à un nouveau carrefour. Je lui dis de m’attendre au niveau de la maison avec des volets bleus. Je lui demande s’il m’a bien entendu, il me répond oui et continue à faire son petit bonhomme de chemin. Il s’approche de la maison aux volets bleus, il ne ralentit pas, je l’appelle, il continue à rouler, je crie, je hurle (j’ai du passer pour une folle) et P’tit Loup arrive au carrefour (et pour le coup, je n’ai aucune visibilité sur les voitures qui pourraient arriver, je sais juste que peu de voitures passent par là puisqu’il s’agit d’une voie sans issue). P’tit Loup, qui était bien à droite de la route, se met à traverser pour aller à gauche, en plein milieu du carrefour et s’arrête, un grand sourire aux lèvres. Mon sang n’a fait qu’un tour! Je presse le pas autant que je le peux avec P’tit Tigre et j’arrive à la hauteur de P’tit Loup. Je vous avoue que là, la maîtrise du self-contrôle n’était plus d’actualité, et je montre à P’tit Loup à quel point je ne suis pas contente (et que j’ai eu peur, par la même occasion!) On a du, à nouveau, me prendre pour une foldingue!

P’tit Loup ne réagit pas du tout de la même manière que pour la précédente bêtise. Là, son sourire disparaît d’un seul coup (« ah, enfin! Il a compris que je ne plaisante pas » me dis-je!), il se met à pleurer (« je n’aime pas le faire pleurer, mais si ça peut faire rentrer dans sa tête qu’il y a des consignes de sécurité à respecter… »), il descend de sa draisienne, se met par terre et pleure toutes les larmes de son corps…Là, y’a un truc qui cloche! Je veux bien qu’il soit en train de se faire disputer, mais je pratique le langue du P’tit Loup depuis 3 ans et demi et je sais que quand il se fait disputer il ne réagit pas de cette manière!

Analyse rapide de la situation : je ne crie pas au point de lui faire peur…non, ce ne sont pas des pleurs de peur! Il ne s’est pas fait mal…non, ce ne sont pas des pleurs de douleurs! Ce sont des pleurs d’incompréhension!

Oui, c’est là que la lumière s’allume dans mon cerveau, la partie « raisonnée » de mon centre de contrôle reprend le pas sur la partie reptilienne. P’tit Loup ne comprend pas pourquoi je ne suis pas contente. Il croyais avoir respecté la consigne : je lève les yeux et je découvre qu’il s’est arrêté devant une maison dont la couleur des volets est verte (la peinture est un peu passée, c’est pour ça que je ne l’ai pas vu au premier coup d’oeil), et la porte de garage, devant laquelle P’tit Loup m’attendait avec son grand sourire est turquoise (qui vire au gris tellement la peinture est vieille et sale). P’tit Loup fait encore beaucoup d’erreur sur les couleurs. Il a tout simplement cru que je lui parlais de cette maison, en plein milieu du carrefour et non pas de l’autre maison, qui se trouvait AVANT le carrefour.

Ce que je retiens

Avant de crier au scandale de la désobéissance, il faut absolument s’assurer que la consigne est bien comprise par l’enfant. Suite à cette différence de point de vue, j’ai pris P’tit Loup dans les bras, je lui ai dit que j’avais crier parce que j’avais eu peur, que j’avais compris qu’il avait cru bien faire et je lui ai montré la maison avec des volets bleus tout neufs, bien voyant…mais qu’il n’avait pas vu. Depuis ce jour, quand je lui dis de m’attendre à la maison aux volets bleus, il s’arrête devant cette maison avec un grand sourire et nous attend, content de lui. Quand je veux lui donner un autre repère pour qu’il nous attende, je parle d’une borne incendie qu’il sait très bien reconnaître, non pas une voiture d’une certaine couleur qui serait garée là. Et quand je ne suis pas sûre de mon coup, je lui demande s’il a bien compris la consigne, de me l’expliquer avec ses mots et si vraiment ça ne fonctionne pas, alors je lui dis de rester à côté de moi, le temps qu’on arrive au « repère » pour qu’il l’enregistre et qu’il s’en souvienne la fois suivante. C’est ce qui s’est passé quand je lui ai dis de s’arrêter au dos d’âne : « il est où l’âne? »

Cet article a 2 commentaires

  1. Latmospherique

    C’est vrai qu’il faut apprendre à « raisonner » à hauteur d’enfant et ce n’est pas toujours évident. Ce qui est bien c’est que tu as pris le temps de comprendre la réaction de ton enfant. Parfois entre peur et colère ce n’est pas évident!
    J’ai du passer pour une folle des dizaines de fois!!
    Belle journée

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